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Jules Verne et la musique

Jules Verne, auteur de romans de voyage et d’aventure, passionné par la géographie et lecteur avisé d’articles scientifiques, a aussi nourri une réelle passion pour la musique. Elle l’accompagne tout au long de sa vie et il lui réserve une place de choix dans son œuvre.

La musique dans la vie de Jules Verne

SophieVerneParChateaubourg_250x341.jpgUne passion de famille
Jules Verne, né d’un père avoué et d’une mère issue d'une petite aristocratie aisée, appartient à une classe de la société où la pratique de la musique fait partie de l’éducation. La famille Verne est musicienne : le piano trône d’ailleurs dans le salon. Jules et son frère Paul sont bons pianistes. Sa mère, Sophie Verne est elle-même musicienne et son père, Pierre, compose quelques chansons. Au 19e siècle, la musique est un art dominant et se rencontre partout : dans les salons aristocratiques et bourgeois, au théâtre et dans la rue.
 

Des premiers textes de chansonsEn avant les Zouaves 250x324.jpg
Jules Verne écrit le texte d'une première chanson en décembre 1847. Intitulée Chanson de Gabiers, elle évoque le départ en mer des matelots et retrace un événement vécu par la famille Verne : Paul, le frère cadet de Jules, embarque sur le Régulus Nantais qui fait route vers la Réunion. Par la suite, durant de la Guerre de Crimée, Paul participe comme chef de compagnie de débarquement à la prise de Sébastopol. Jules Verne écrit une chanson guerrière  En avant les Zouaves ! , mise en musique par Alfred Dufresne (1821-1863) en 1855, qui célèbre l’événement.
 

Un cercle de musiciens comme fréquentations parisiennes
En 1848, Jules Verne s’installe à Paris pour faire des études de droit. Il achète à crédit un piano pour lequel il verse 5F. par mois. Lors de l’entretien accordé au journaliste anglais Robert H. Sherard en juin 1893, il se confiera sur ses fréquentations durant sa vie estudiantine : "Presque tous [de mes amis] étaient des musiciens et à cette période de ma vie, j’en étais un moi-même. Je comprenais l’harmonie, et je crois que si je m’étais engagé dans une carrière musicale, j’aurais eu moins de difficultés à réussir que bien d’autres... ".
Commence alors pour Jules Verne une vie de bohème. C’est aussi l’époque des dîners hebdomadaires du club des Onze-sans-femmes, société de célibataires fondée notamment par l’auteur et fréquentée par les compositeurs Victor Massé (1822-1884) et Léo Delibes (1836-1891).

Les bras d'une mère 250x348.jpg

Une collaboration créative avec Aristide Hignard
A Paris, Jules Verne côtoie régulièrement son ami le musicien nantais Aristide Hignard (1822-1898). La collaboration entre le musicien et l’écrivain date de cette période. Jules Verne débute l’écriture d’ouvrages lyriques qu’Aristide Hignard met en musique. L’ouvrage le plus conséquent est La Mille et deuxième Nuit, pièce de théâtre en un acte avec de nombreux couplets Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre.
Diverses opérettes suivront : Colin-Maillard, Les Compagnons de la Marjolaine, Monsieur de Chimpanzé… Hignard et Verne composent également ensemble 13 chansons telles : Les Gabiers, Notre Étoile, Les Bras d’une mère Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre
Toutes éditées dans les deux recueils Rimes et mélodies (Heu, Paris, 1857 et 1863), les textes étant repris plus récemment dans Textes oubliés (1979) et Poésies inédites (Cherche-Midi, 1989).
 

La musique dans l’œuvre de Jules Verne 

La fin des poèmes mis en musique
Après le succès de Cinq Semaines en ballon en 1863, et le lancement des Voyages extraordinaires, Jules Verne ne publiera pas de nouvelles chansons, ni isolées, ni en recueil. En revanche ses compositions de jeunesse sont parfois reprises dans certains de ses romans, par ailleurs riches en allusions musicales : La Chanson groenlandaise (1857) qui réapparaît dans le Pays des fourrures, Souvenir d’Écosse, composée en 1863 et reprise dans Les Indes noires, ou encore la Tankadère reprise dans Les Tribulations d’un Chinois en Chine.

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Des récits empreints de musique

Jules Verne ne cesse de faire jouer de la musique à ses personnages et parsème ses romans de considérations musicales. Dans Voyage à reculons en Angleterre et en Écosse, qui met en scène Aristide Hignard sous le nom de Jonathan Savournon, la musique est omniprésente tout au long du récit. Dans Paris au 20e siècle, son héros désabusé note : "On ne goûte plus la musique, on l'avale !".
Dans Le Château des Carpathes, La Stilla est une cantatrice au destin tragique dont la voix et l’image sont deux aspects de l’idéal féminin.Nemo_musique_185x185.jpg

La musique dans les romans de Jules Verne se manifeste souvent par la présence du piano, dont le plus emblématique est le piano-orgue du Capitaine Nemo, installé dans le Nautilus.

 

Ile à hélice250x200.jpgL’univers de la musique est tout particulièrement valorisé dans L’île à Hélice Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre, roman rédigé en 1893, dont les héros sont un quatuor à cordes : Le Quatuor Concertant composé de quatre musiciens français, Yvernès, Frascolin, Pinchinat et Zorn, et qui entreprend une tournée à travers les États-Unis. Suite à un accident et sans moyen de locomotion, ils sont secourus par Calistus Munbar qui leur offre l’hospitalité dans une ville inconnue : Milliard-City. Cette ville est bâtie sur l’île artificielle de Standard-Island et se déplace dans l’océan Pacifique.

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La même année, Jules Verne entreprend la rédaction d’un conte consacré entièrement à la musique : Monsieur Ré-Dièze et Mademoiselle Mi-Bémol Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre.
Après une première parution dans le Figaro illustré (Noël 1893), cette nouvelle fantastique - les noms des deux personnages correspondant à la même note de musique - sera reprise et publiée par Michel Verne, le fils du romancier, dans le recueil Hier et demain.


Jules Verne, source d’inspiration
Dès le succès des Voyages extraordinaires, des romans comme Le Tour du monde en quatre-vingts jours ou Michel Strogoff  furent adaptés à la scène et rythmés de musique et de ballets. Mais d’autres romans et nouvelles, moins connues, sont également source d’inspiration pour les compositeurs.

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Le contemporain : Jacques Offenbach (1819-1880)
En 1853, au Théâtre des Bouffes-Parisiens, Offenbach fait monter Monsieur de Chimpanzé, une bouffonnerie de Jules Verne sur une musique d'Aristide Hignard. En 1875, une pièce lyrique créée au Théâtre de la Gaîté rapproche de nouveau les deux hommes : Le Voyage dans la Lune Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre, opéra-féerie en 4 actes et 23 tableaux, livret d’Albert Vanloo, Eugène Leterrier et Arnold Mortier, et musique d'Offenbach, d’après Jules Verne.
Un an plus tard, le compositeur adapte la nouvelle de Jules Verne Une Fantaisie du Docteur Ox Lien ouvert dans une nouvelle fenêtreen y associant cette fois-ci l’écrivain.
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La relève : Claude Guillon-Verne (1879-1956)
Claude Guillon-Verne est le fils de Léon Guillon et de Marie Verne (sœur de Jules Verne). Le printemps 1931 marque notablement sa carrière musicale : sa musique et l’œuvre littéraire de son oncle, Jules Verne, sont réunies sur scène. S’inspirant du roman Les Tribulations d’un Chinois en Chine, il crée en collaboration avec l’écrivain Claude Farrère, une pièce à grand spectacle en 3 actes et 15 tableaux, sorte d’opéra-comique, qui est applaudie au Théâtre Sarah-Bernhardt, place du Châtelet à Paris.

L'Association Claude Guillon-Verne Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre, crée en 2018, s'attache à faire vivre son œuvre musicale.

Et Jules Verne n'a jamais cessé d'être une source d'inspiration pour des créations musicales des plus variées :
- les Compagnons de la chanson Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre,
- la comédie musicale Le Tour du monde en quatre-vingts jours Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre, créée au Théâtre Mogador à Paris en 2015.
 

Sources :
Mireille Pédaugé. "La musique dans l’œuvre de Jules Verne", Jules Verne et la musique. Revue Jules Verne, n° 24. 
François Raymond, "Les machines musicales de Jules Verne : esquisse pour une esthétique vernienne", Romantisme Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre, 1983, n°41
Alexandre Tarrieu. "Aristide Hignard", Le théâtre de jeunesse. Revue Jules Verne, n° 11.
Jean-Claude Yvon. "Jules Verne et Jacques Offenbach, destins croisés", Le théâtre de jeunesse. Revue Jules Verne, n° 11.