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Les deux Jules

Lorsque Jules Verne part poursuivre ses études à Paris en 1847, les jeux sont faits : “La littérature avant tout, puisque là seulement je puis réussir, puisque mon esprit est invariablement fixé sur ce point !” Inébranlable dans sa détermination même quand il semble y renoncer pour une charge d’agent de change et un mariage de convenance, soutenu par des parents inquiets mais compréhensifs, il mettra quinze ans à trouver sa voie, alliant formes littéraires conventionnelles et recherche de “systèmes nouveaux” dans une stratégie d’écriture dont il ne se départira plus.

Manuscrits

En 1862 il propose à l’éditeur Pierre-Jules Hetzel, que son engagement dans les événements de 1848 avait contraint à l’exil et qui venait tout juste de rentrer à Paris, le récit d’Un voyage dans les airs. Publié l’année suivante sous le titre de Cinq semaines en ballon, le roman connaît un succès immédiat, et lance la série des Voyages extraordinaires, à laquelle Jules Verne lié à la maison Hetzel par cinq contrats successifs va consacrer le reste de sa vie.

Cette relation entre l’auteur et son éditeur, «probablement sans autre exemple dans la littérature française”, est toujours abondamment commentée. Certes Hetzel est continûment intervenu dans le processus rédactionnel, corrigeant le style, donnant son avis sur l’intrigue et les personnages, refusant des situations qui seraient venues à l’encontre de son programme idéologique ou de ses intérêts commerciaux. Mais entre eux c’est en fait un véritable rapport dialectique qui s’instaure. Le talent de Jules Verne, qui résista d’ailleurs à bien des demandes, est stimulé par les “colères au crayon” de son éditeur. Celui-ci, en assumant les charges de la maison d’édition et le travail commercial, assure en outre à l’auteur les conditions d’un travail régulier et continu, c’est-à-dire d’une création sereine en lui permettant de vivre de sa plume. Sa politique commerciale avisée, son sens remarquable du marketing contribuent largement au succès de l’auteur. Affiches et cartonnages d’Etrennes constituent en effet de formidables outils promotionnels. On lui est enfin redevable des illustrations qui accompagnent les romans et en renforcent si bien la force d’évocation : fonctionnant comme autant de fenêtres directement ouvertes sur le rêve, elles en sont devenues le complément indispensable.